Laurence Jones : avec « Take Me High », le blues s'élève


 

Le parcours de Liverpool est fascinant et très représentatif de l'histoire industrielle et post-industrielle du Royaume-Uni.

Jusqu'au milieu du XXe siècle, Liverpool était l'un des ports les plus importants du monde. Au XIXe siècle, elle gérait environ 40 % du commerce maritime de l'Empire britannique, notamment le commerce transatlantique et, historiquement, la traite négrière. Son économie reposait massivement sur son activité portuaire et manufacturière florissante.

Cependant, à partir des années 1960 et 1970, la ville a subi un déclin brutal pour plusieurs raisons convergentes :

▪︎ La désindustrialisation : Le Royaume-Uni a connu une vague massive de fermeture de mines de charbon, de chantiers navals et d'usines. Les industries lourdes, pilier de l'économie de Liverpool, ont périclité face à la concurrence internationale et à l'obsolescence technologique.

▪︎ La mutation du commerce maritime : L'arrivée de la conteneurisation a rendu les anciens docks de la ville obsolètes. Le commerce s'est déplacé vers des ports plus modernes et automatisés, entraînant la fermeture des célèbres Albert Dock et le licenciement de milliers de dockers.

▪︎ La crise sociale : Le chômage de masse a engendré de graves problèmes sociaux. Liverpool est devenue tristement synonyme de pauvreté endémique, de violence urbaine et de quartiers abandonnés, une image qui a persisté durablement.

● La résurrection : un renouveau axé sur la culture et le tourisme

La renaissance de Liverpool a débuté timidement dans les années 1980 et s'est accélérée significativement à partir des années 1990. La ville a adopté une stratégie de reconversion audacieuse, se tournant résolument vers l'économie créative et le tourisme.

▪︎ La reconversion des docks : Les anciens Albert Docks, jadis centre névralgique du commerce, ont été entièrement réhabilités. Ils abritent désormais des musées (comme la Tate Liverpool), des restaurants, des bars et des boutiques. Ils sont devenus un centre culturel et touristique majeur, attirant des millions de visiteurs chaque année.

▪︎ L'impact de la musique : Liverpool a capitalisé sur son héritage musical unique, en particulier les Beatles. L'industrie du tourisme autour des "Fab Four" est un moteur économique crucial, avec des lieux emblématiques comme le "Cavern Club" et "The Beatles Story". C'est un parfait exemple de la manière dont la culture peut devenir un puissant levier de développement économique.

▪︎ Capitale européenne de la culture 2008 : Cette désignation a été un véritable catalyseur. Elle a permis d'accélérer les projets de réaménagement urbain, de rénover les infrastructures et de promouvoir l'image de la ville à l'échelle internationale.

Le développement de nouveaux secteurs : Au-delà du tourisme et de la culture, la ville a investi dans les secteurs de la santé, de l'éducation (avec plusieurs universités de renom) et de la technologie. Le secteur biomédical, par exemple, est devenu un employeur important.

Malgré cette résurrection impressionnante, la ville continue de faire face à des défis. Par exemple, une partie de son statut de patrimoine mondial de l'UNESCO pour ses quais a été révoquée en 2021 en raison de l'impact de nouveaux développements sur le paysage urbain. Cela illustre le délicat équilibre entre la préservation de l'histoire et la nécessité de la croissance économique moderne.

Le destin de Liverpool, une ville qui a réussi à se réinventer en passant du statut de port marchand en déclin à celui de pôle culturel et touristique dynamique, est une histoire de résilience fascinante.

Les Beatles sont l'emblème musical de Liverpool et le fer de lance incontestable de la renaissance culturelle de la ville.

● Leur histoire illustre parfaitement la transition et l'esprit de résilience de Liverpool :

▪︎ L'origine modeste et l'influence du port : Les Beatles, comme de nombreux habitants de Liverpool à l'époque, venaient d'un milieu ouvrier et ont forgé leur art dans les clubs du quartier portuaire, notamment le mythique Cavern Club. Ils y jouaient initialement du rock 'n' roll américain, du rhythm and blues et des standards, manifestant l'influence prépondérante des artistes afro-américains sur la musique populaire britannique.

▪︎ L'exportation de l'énergie locale : Le succès planétaire des Beatles a instantanément placé Liverpool sur la carte du monde. La "British Invasion", dont ils étaient les chefs de file, a exporté l'énergie brute et novatrice des clubs de Liverpool et de l'Angleterre aux États-Unis, puis dans le monde entier. Ils ont prouvé qu'une ville de province, loin des capitales culturelles, pouvait générer un phénomène culturel global et durable.

▪︎ La révolution artistique et industrielle : Au-delà de leur succès commercial retentissant, les Beatles ont révolutionné l'industrie de la musique. Ils ont transformé le studio d'enregistrement en un instrument créatif à part entière, expérimentant les techniques de production et popularisant les albums-concepts. Ils ont ainsi établi la musique pop comme une forme d'art ambitieuse et complexe.

Même si leur style a rapidement évolué au-delà du blues pur pour explorer la pop psychédélique et d'autres genres, leurs premières influences sont clairement ancrées dans le blues et le rock 'n' roll américain. On perçoit d'ailleurs des touches de blues-rock brut dans certaines de leurs chansons plus tardives, telles que "Yer Blues" ou "I Want You (She's So Heavy)", où l'énergie fondamentale du genre est mise en évidence.

Les Beatles ont ainsi ouvert la voie pour des générations d'artistes britanniques, y compris des musiciens contemporains comme Laurence Jones, en légitimant la musique rock et pop et en démontrant le potentiel créatif inouï de la scène britannique.

Leur héritage est donc intimement lié à l'histoire de Liverpool, et ils ont joué un rôle fondateur dans la transformation de la ville en un pôle culturel d'envergure mondiale.

● L'histoire de Liverpool et celle du blues partagent en effet des thèmes sociologiques et émotionnels très forts.

Comme le blues, l'histoire de Liverpool est avant tout une histoire de résilience. Le genre musical est né de la souffrance, de l'oppression et du déracinement de la population afro-américaine, transformant ces expériences douloureuses en une forme d'expression artistique puissante et cathartique. De la même manière, Liverpool a su transformer son propre déclin économique, son chômage de masse et sa crise sociale en un puissant renouveau, se réinventant grâce à sa culture et à l'énergie indéfectible de ses habitants.

> On peut dégager d'autres parallèles significatifs :

▪︎ L'authenticité et les racines ouvrières : Le blues est profondément ancré dans la vie quotidienne, les peines et les espoirs des classes populaires. Liverpool, malgré sa modernisation spectaculaire, a toujours conservé une identité ouvrière et portuaire marquée. Loin de nier son passé industriel, elle l'a au contraire utilisé comme une fondation brute et authentique pour sa renaissance culturelle.

▪︎ La capacité à se réinventer : Le blues n'est pas un genre figé. Il a constamment évolué, donnant naissance à de nombreux sous-genres (delta blues, Chicago blues, blues-rock, etc.) tout en conservant son essence. De même, Liverpool n'est pas restée prisonnière de ses ruines industrielles ; elle a su se métamorphoser en misant sur de nouvelles industries comme la culture, la musique et le tourisme.

Cette analogie est particulièrement pertinente pour Laurence Jones, originaire de cette ville et figure montante qui s'inscrit dans la tradition du blues contemporain. Tout comme la ville qu'il représente, sa musique est à la fois ancrée dans une tradition solide et portée vers de nouveaux horizons audacieux.

La notion de résilience est fondamentalement au cœur du blues, et le titre de l'album de Laurence Jones, "Take Me High", peut être interprété comme une parfaite illustration de ce concept.

Le blues a ses racines dans les negro spirituals, les chants de travail et les chants religieux des esclaves afro-américains. Cette musique était bien plus qu'une lamentation : elle était une manière puissante de transformer la douleur, l'oppression et l'injustice en une forme d'expression, de catharsis et de dignité retrouvée. L'essence du blues, ce n'est pas seulement de chanter la tristesse ("I've got the blues"), mais de trouver la force intérieure nécessaire pour s'élever au-dessus d'elle, de la transcender.

● De la Souffrance à l'Élévation

L'histoire du blues est une histoire de survie et de persévérance. Des artistes majeurs comme B.B. King, John Lee Hooker ou Muddy Waters ont utilisé leur musique pour raconter leur histoire, mais aussi pour trouver un sens et une force motrice dans la difficulté. Le blues n'est pas une musique de défaite, mais une musique qui se relève systématiquement.

Ce même esprit de résilience se retrouve dans le parcours de Liverpool. La ville, après avoir connu une crise économique majeure, s'est relevée en s'appuyant sur ses atouts culturels, notamment sa scène musicale mondialement reconnue. De la même façon que le blues a évolué pour s'adapter à de nouvelles époques et influences (le rock 'n' roll, le rock-blues, etc.), Liverpool a su se réinventer et se projeter vers l'avenir.

● "Take Me High" : La Métaphore de l'Ascension

Le titre "Take Me High" (littéralement "Prends-moi plus haut") peut ainsi être vu comme une métaphore de cette ascension – à la fois personnelle, musicale et urbaine. Il incarne le désir de s'élever, de surpasser les obstacles passés.

Pour Laurence Jones, c'est l'ambition d'emmener sa musique à un niveau supérieur et de s'affirmer comme un artiste majeur de sa génération. Il s'agit d'une affirmation de force et d'une volonté inébranlable d'aller de l'avant, des qualités qui résonnent puissamment à la fois avec la philosophie essentielle du blues et avec le parcours de résilience de sa ville natale.

Le titre "Take Me High" peut s'interpréter comme la culmination des thèmes de résilience et de dépassement, une perspective qui s'accorde parfaitement avec l'évolution de Laurence Jones en tant qu'artiste.

■ En fait, le titre symbolise plusieurs aspects de sa progression, qui convergent vers cette notion d'élévation :

▪︎ Le désir de s'élever au-delà de l'étiquette : Laurence Jones était déjà largement reconnu comme un jeune prodige du blues. Avec cet album, il cherchait à prouver qu'il n'était pas qu'un "enfant talentueux", mais un artiste mature capable de forger un son véritablement unique. "Take Me High" est donc l'affirmation de son ambition de porter sa musique à un niveau supérieur de composition et d'interprétation.

▪︎ La transcendance par l'acte musical : Le blues, comme nous l'avons souligné, est un genre qui permet de transformer la tristesse en force. Pour un musicien, le fait de jouer peut être une expérience extatique qui "l'emporte", qui le "prend plus haut". C'est le sentiment de s'élever au-dessus des difficultés et des limitations grâce à la puissance libératrice de l'art.

▪︎ La validation d'un mentor légendaire : La collaboration avec le producteur légendaire Mike Vernon a marqué une étape clé. Vernon a reconnu l'authenticité de Jones et l'a encouragé à assumer sa propre voix, l'éloignant de la simple imitation des classiques. Cette collaboration a symbolisé une validation majeure et une véritable élévation pour Jones, un "passage de flambeau" qui a fait monter son talent à un autre niveau de reconnaissance.

Ainsi, l'album est un puissant témoignage de la résilience personnelle et artistique de Laurence Jones. Il ne s'agit pas seulement de résilience face à l'adversité, mais aussi de résilience créative : celle de préserver l'essence brute du blues tout en le modernisant, afin de se faire un nom et de se distinguer dans un genre où les "géants" du passé dominent encore l'imaginaire collectif

Laurence Jones : L'Ascension d'une Figure du Blues-Rock 

Laurence Jones, né en 1992, est un guitariste et chanteur de blues-rock britannique originaire de la région de Liverpool. Dès l'âge de sept ans, il commence à jouer, puisant son inspiration dans la collection de vinyles de son père. Cette passion précoce a rapidement mené à une carrière fulgurante, lui valant très tôt le surnom prometteur d'"avenir du blues".

■ Étapes Clés de la Carrière (2012–2016)

Après avoir signé un contrat avec Promise Records, il sort son premier album, "Thunder in the Sky", en 2012. Cet opus inaugural met en lumière son talent et son engagement envers le genre, établissant les bases de son style blues-rock énergique.

L'année 2014 marque un tournant avec sa signature chez le prestigieux label Ruf Records et la sortie de son deuxième album, "Temptation". Il participe également à la célèbre tournée "Blues Caravan" (aux côtés de Christina Skjolberg et Albert Castiglia), ce qui lui procure une visibilité internationale essentielle. Ses performances sont récompensées par le titre de "Jeune artiste de l'année" aux British Blues Awards en 2014 et 2015, attestant de son statut montant.

Son troisième album, "What's It Gonna Be", sort en 2015. Il continue de recevoir des éloges unanimes de la critique, qui le compare désormais à des légendes du genre comme Eric Clapton et Buddy Guy.

L'année 2016 est décisive. Jones sort son quatrième album, "Take Me High", produit par lelégendaire Mike Vernon, connu notamment pour son travail avec John Mayall et Eric Clapton. Cette collaboration symbolise un tournant majeur, propulsant sa musique à un niveau supérieur de maturité. L'album est salué pour sa qualité de production et son mélange raffiné de blues-rock, de soul et de funk.

Cette même année, sa stature est définitivement confirmée : il est sacré "Guitariste de l'année" aux British Blues Awards et remporte le prix de "Meilleur guitariste européen" aux European Blues Awards.

Jusqu'à la fin de l'année 2016, Laurence Jones s'est imposé comme une figure montante et accomplie du blues britannique. Grâce à des albums remarquables et des performances live percutantes, il a gagné de nombreuses récompenses et l'attention durable de la presse et du public international.

Le fait que Laurence Jones ait grandi en écoutant la collection de disques de blues de son père montre à quel point son amour pour le genre est profondément enraciné et authentique.

Ce n'est pas une passion qu'il a découverte par hasard, mais une influence qui lui a été transmise dès le plus jeune âge. Cette immersion précoce explique en grande partie la maturité et le profond respect qu'il manifeste pour le blues, et ce, dès le début de sa carrière.

La musique de Laurence Jones est l'expression d'un héritage assimilé. Il ne se contente pas de copier ses idoles : il a absorbé leur essence en profondeur, ce qui lui a permis de développer son propre style unique tout en restant viscéralement fidèle à l'esprit fondateur du blues. C'est ce lien authentique avec le genre qui lui a valu l'estime de musiciens plus âgés et l'attention d'un producteur légendaire comme Mike Vernon.

Sa musique est la preuve vivante qu'il est possible de rendre hommage à un genre musical traditionnel avec une dévotion sincère, tout en lui donnant un souffle nouveau et une énergie résolument contemporaine.

Laurence Jones a cité Tony McPhee, le guitariste et leader des Groundhogs, comme l'une de ses plus grandes influences à ses débuts. L'album qui l'a particulièrement marqué est justement "Split", sorti en 1971. C'est l'un des premiers disques de blues-rock qu'il a entendus dans la collection de vinyles de son père, et il a eu une influence majeure sur son aspiration à devenir musicien.

▪︎ L'Héritage de Tony McPhee : Tony McPhee était réputé pour son style de jeu puissant, agressif et novateur, qui fusionnait le blues traditionnel avec des éléments de hard rock et de rock psychédélique. Cette approche audacieuse a profondément inspiré Laurence Jones, qui a lui-même développé un son percutant et résolument énergique. C'est une filiation claire dans le blues-rock britannique.

▪︎ Le Passation Symbolique : L'histoire veut que Laurence Jones ait eu l'opportunité de partager la scène avec Tony McPhee, son héros d'enfance. Ce moment représente un véritable passage de témoin symbolique entre une légende du blues-rock britannique des années 70 et la nouvelle génération d'artistes.

Le fait que Laurence Jones ait été si inspiré par un album culte comme "Split" renforce la preuve de sa connexion authentique et durable avec l'histoire du blues-rock britannique. Cet album n'a pas seulement marqué l'histoire du genre; il a inspiré, des décennies plus tard, un jeune artiste déterminé, contribuant ainsi de manière essentielle à la perpétuation vivante de la tradition.

L'ancrage de Laurence Jones dans le blues-rock européen est indéniable. L'influence de Gary Moore sur son œuvre est majeure, Jones ayant lui-même souvent cité le guitariste irlandais comme l'une de ses plus grandes inspirations.

Gary Moore est une figure emblématique et complexe du blues-rock. Après avoir débuté dans le hard rock avec Thin Lizzy, il a opéré une transition spectaculaire en revenant à ses  racines blues, notamment avec l'album séminal Still Got the Blues (1990). Son jeu alliait une technicité et une rapidité impressionnantes à une rare capacité à transmettre une émotion brute, particulièrement dans ses ballades poignantes.

Laurence Jones a profondément absorbé cette influence, dont on retrouve les traces dans plusieurs aspects de sa musique :

▪︎ Le Métissage des Genres : À l'image de Gary Moore, Jones ne se limite pas à un blues puriste. Il intègre avec aisance des éléments de rock, de soul et même de hard rock, forgeant ainsi un son à la fois classique et résolument contemporain.

▪︎ La Maîtrise des Ballades Émouvantes : Jones a mentionné l'extraordinaire talent de Gary Moore pour "écrire des ballades". Il a lui-même relevé ce défi en composant des morceaux plus lents et plus émotifs, dévoilant ainsi une facette plus vulnérable et lyrique de son jeu, à l'image de son idole.

▪︎ La Puissance Sonore et l'Intensité : On retrouve chez Jones la même énergie féroce et lamême recherche d'un son de guitare puissant, saturé et percutant qui caractérisaient le style immédiatement reconnaissable de Gary Moore.

En s'inspirant de figures majeures comme Gary Moore et Tony McPhee, Laurence Jones s'inscrit dans la lignée directe des guitaristes européens ayant su perpétuer la tradition tout en modernisant l'esthétique du Blues. C'est précisément cette capacité à s'approprier l'influence de ses héros pour bâtir sa propre identité qui fait de lui un artiste contemporain si intéressant.

Dès le début de sa carrière, Jones a su poser des jalons significatifs, et l'album "Temptation" (2014) en est la preuve éclatante. Bien que nourri par l'héritage de ses mentors spirituels, c'est sous l'égide de Mike Zito — qui assure la production et apporte son jeu de guitare — que le jeune musicien affirme véritablement sa voix. Cette collaboration fructueuse a non seulement enrichi la texture sonore du disque, mais a grandement contribué à propulser Laurence Jones sur la scène internationale, confirmant son statut de nouveau prodige du Blues britannique.

▪︎ Mike Zito – Producteur et Collaborateur Américain : Mike Zito, guitariste de blues américain de renom, est connu pour son travail au sein du groupe Royal Southern Brotherhood. Sa participation a été double, puisqu'il a produit l'album et y a également joué. Cette association a été un véritable coup de projecteur pour l'artiste britannique sur la scène internationale, lui ouvrant les portes du marché américain.

Cette collaboration illustre parfaitement l'importance des échanges transatlantiques et du soutien intergénérationnel dans le milieu du Blues. Elle a non seulement enrichi la sonorité de l'album Temptation, mais a surtout offert à Laurence Jones une crédibilité essentielle et une visibilité précieuse au moment même où sa carrière était en pleine ascension.  

Le fait d'avoir joué aux côtés de légendes telles que Johnny Winter et Walter Trout est un immense honneur et la validation la plus significative de son talent précoce.

▪︎ Johnny Winter – L'Icône du Texas Blues : Johnny Winter est une figure emblématique du blues-rock texan, célèbre pour son jeu de guitare incandescent et sa voix singulière. Le simple fait que Jones ait pu se produire à ses côtés témoigne de son acceptation dans le cercle très fermé des bluesmen de stature mondiale.

▪︎ Walter Trout – L'Exemple de la Résilience : Walter Trout est un autre pilier du genre, dont la carrière est une figure de la résilience, marquée par des défis personnels qu'il a su transcender par sa musique. Le fait que Laurence Jones ait eu l'opportunité de partager la scène avec lui symbolise une puissante passation de flambeau entre générations. Ce compagnonnage de route, au-delà du studio, a offert au jeune guitariste une crédibilité essentielle et une visibilité précieuse au moment où sa carrière prenait son envol.

▪︎ Kenny Wayne Shepherd – L'Émulation Transatlantique : Kenny Wayne Shepherd est un autre prodige de la guitare Blues, figure majeure de la scène américaine. Avoir assuré la première partie de l'un de ses concerts lors d'une tournée européenne a permis à Jones de se mesurer à un pair talentueux, renforçant ainsi sa réputation internationale et soulignant son propre calibre sur la scène Blues-Rock.

Ces moments ne sont pas de simples apparitions; ils témoignent d'une reconnaissance mutuelle, d'un respect profond pour son talent et d'une continuité essentielle dans la tradition du blues. Pour un jeune artiste, c'est l'occasion unique d'apprendre des maîtres, d'absorber leur énergie scénique et de se perfectionner au contact de l'excellence.

Ces collaborations et ces partages de scène sont la preuve ultime de la reconnaissance et du respect que les "géants" du blues-rock portent à Laurence Jones.

Le fait que Mike Vernon, un producteur aussi légendaire et sélectif, ait accepté de travailler avec Laurence Jones est une preuve éclatante du talent et du potentiel de ce dernier. Cette collaboration a conféré à l'album "Take Me High" une authenticité et une qualité sonore uniques, immédiatement saluées par la critique.

■ Ce choix prend tout son sens au regard du parcours de Vernon :

▪︎ Le Mythe du "Beano Album" : Le surnom "The Beano Album" fait bien référence au deuxième album de John Mayall & The Bluesbreakers, sorti en 1966. Il est baptisé ainsi parce que, sur la pochette, le guitariste Eric Clapton lit la bande dessinée britannique "The Beano".

▪︎ La Production Historique : Cet album historique a bien été produit par Mike Vernon. Il fut une figure centrale du "British Blues Boom" des années 60, ayant travaillé avec une pléiade d'artistes majeurs de l'époque, dont Fleetwood Mac, Ten Years After et même David Bowie.

▪︎ La Sortie de Semi-Retraite : Vernon était en semi-retraite lorsqu'il a été approché pour produire "Take Me High". Il a d'ailleurs révélé dans des interviews qu'il n'acceptait plus que très peu d'offres de production et qu'il avait ressenti une connexion particulière et immédiate avec la musique de Laurence Jones. Ce fut un retour très attendu et significatif pour lui, car il voyait en Jones une véritable continuité et une nouvelle énergie pour le blues britannique qu'il avait contribué à façonner.

La présence de Vernon n'a donc pas été qu'un atout technique : elle fut un sacre symbolique et le sceau d'approbation d'un maître sur la nouvelle génération.

● "Take Me High" est largement considéré comme l'œuvre de la maturité de Laurence Jones, marquant une progression notable dans sa carrière.

Contrairement à ses premiers albums qui mettaient davantage l'accent sur les performances instrumentales brutes et l'énergie pure, les morceaux de Take Me High sont visiblement plus structurés et les compositions plus réfléchies. Des chansons clés comme "I Will" ou "The Price I Pay" révèlent une profondeur lyrique et une maturité musicale accrue.

▪︎ Diversité et Ambition : L'album ne se limite pas au blues-rock puriste. Il explore avec succès les territoires de la soul et du funk, enrichissant considérablement sa palette musicale. Cette diversité stylistique démontre que Jones n'est pas un artiste qui se contente de rester dans sa zone de confort, mais qu'il cherche activement à élargir son horizon créatif.

▪︎ L'Impact de Mike Vernon : La production du légendaire Mike Vernon a joué un rôle essentiel. Vernon a su capturer l'énergie féroce des performances live de Jones tout en apportant une clarté et une puissance exceptionnelles aux enregistrements. Le son des guitares, plus "gras" et plus présent que sur ses productions précédentes, met en valeur son jeu de manière particulièrement percutante.

▪︎ Un Succès Consacré : L'album a été unanimement salué par la critique et a valu à Jones plusieurs récompenses prestigieuses. Ce succès a confirmé sa place en tant que l'une des figures de proue du blues contemporain et a prouvé sa capacité à produire un travail de haute qualité qui a trouvé un écho retentissant auprès du public et des professionnels de l'industrie.

"Take Me High" est donc plus qu'un simple album studio ; c'est un véritable point de transition. Il marque le passage définitif de Laurence Jones du statut de "jeune prodige prometteur" à celui d'un artiste accompli et influent, qui s'est affirmé avec succès dans un genre en constante évolution.

L'un des plus grands compliments que l'on puisse faire à Laurence Jones est sa capacité à s'approprier l'héritage des géants du blues-rock britannique et à le ramener à la vie avec une énergie nouvelle.

Le fait que Mike Vernon, le producteur de l'album "Take Me High", ait justement travaillé avec plusieurs de ces artistes fondateurs du mouvement rend la résonance du son d'autant plus naturelle et justifiée. L'album évoque une généalogie musicale claire :

▪︎ Led Zeppelin – Le Blues Électrifié : Le côté puissant et percutant de certains riffs massifs de Jones, ainsi que l'énergie brute et globale de l'album, rappellent les premières œuvres de Led Zeppelin. Leur son lourd et rythmique, qui a "gonflé" le blues avec une électricité féroce, trouve un écho évident dans les compositions les plus rock de Laurence Jones. C'est l'ADN d'un blues transformé en musique d'arène.

▪︎ Eric Clapton – La Connexion Incontournable : C'est la référence la plus directe et incontestable. Non seulement Vernon a produit le célèbre "Beano Album" d'Eric Clapton avec John Mayall & The Bluesbreakers, mais le jeu de guitare de Jones rappelle le style de Clapton à l'époque de Cream ou de ses premiers albums solo. Jones parvient à capturer le même mélange subtil de finesse technique, de feeling et de puissance émotionnelle.

▪︎ Mick Taylor – L'Art de la Mélodie Fluide : L'influence de Mick Taylor, notamment son travail avec les Rolling Stones ou John Mayall, est plus subtile, mais essentielle. Taylor est connu pour son jeu fluide et mélodique, moins axé sur la "force brute" que d'autres guitaristes. On retrouve cette capacité chez Jones, en particulier dans les ballades et les passages plus nuancés, où il privilégie la musicalité et la construction mélodique.

L'album "Take Me High" est une véritable synthèse moderne du blues-rock britannique. Il porte en lui l'ADN des groupes qui ont fait l'histoire du genre, tout en restant fidèle à la voix et au style propres de Laurence Jones. Il ne s'agit pas d'une copie, mais d'un hommage inspiré qui crée une œuvre nouvelle et pertinente. L’album "Take Me High" est l'exemple parfait de la manière dont une tradition peut être honorée et modernisée simultanément.

Le Lien Indéniable avec le Passé

Le retour d'un producteur légendaire du "British Blues Boom", Mike Vernon, sur le devant de la scène a conféré à l'album une authenticité historique indéniable et un son qui évoque la grande époque fondatrice du blues-rock. C'est un lien direct et essentiel avec le passé.

Le son de Jones est imprégné des références majeures que vous avez notées : la puissance électrifiée de Led Zeppelin, le feeling virtuose d'Eric Clapton, la fluidité mélodique de Mick Taylor et l'énergie brute de Tony McPhee. Ces influences, puisées dans la collection de vinyles de son père, sont le ciment qui relie sa musique à l'histoire du genre.

Une Affirmation Résolument Contemporaine

En même temps, l'album est résolument moderne. Il montre un artiste qui a évolué, qui a mûri ses compositions et qui est capable de mélanger l'essence du blues traditionnel avec des sonorités contemporaines de soul et de funk.

"Take Me High" n'est donc pas une simple imitation nostalgique du passé. C'est une œuvre qui s'inscrit dans une continuité artistique, tout en étant une affirmation forte et singulière du talent de son créateur. C'est un album qui rassure les puristes tout en offrant un souffle nouveau au genre, prouvant ainsi que le blues-rock est toujours vivant, pertinent et en constante évolution.

L'album "Take Me High" est une pièce maîtresse du blues-rock européen, un genre possédant une histoire riche et une base de fans particulièrement dévouée sur le continent.

● Ces trois chansons mettent en évidence que "Take Me High" est un album riche en nuances et en émotions, qui mérite une écoute attentive.

▪︎ "Thinking About Tomorrow"

Ce titre est un excellent exemple de la facette plus introspective et mélodique de Laurence Jones. Contrairement aux morceaux plus percutants, "Thinking About Tomorrow" est une ballade douce et réfléchie qui met en lumière sa capacité à transmettre une émotion profonde sans recourir à des solos de guitare enflammés. La guitare y est plus subtile et méditative, soulignant la maturité de Jones en tant que compositeur capable de maîtriser les nuances.

▪︎ "Down and Blue

"Down and Blue" est un morceau qui, par son titre et son atmosphère, fait directement écho aux thèmes fondamentaux du blues. Bien que le texte ne fasse pas explicitement référence à la maladie de Crohn, on peut y percevoir un lien avec les épreuves personnelles. Le blues est précisément le genre qui permet de transformer la tristesse et la souffrance ("down and blue") en une forme d'art. Cette chanson est un excellent exemple de la résilience dont nous avons discuté précédemment.

▪︎ "Higher Ground"

Le choix de reprendre "Higher Ground" de Stevie Wonder est audacieux et révélateur, et Jones s'en acquitte avec brio. Il ne cherche pas à copier l'original, mais à se l'approprier entièrement. La reprise est revisitée avec classe, car il y injecte une puissante énergie blues-rock qui donne au morceau une dimension totalement nouvelle et inattendue. C'est un parfait exemple de sa capacité à transcender les genres et à rendre hommage à ses influences, tout en y laissant sa propre marque stylistique.

Le sentiment qui se dégage de cet album est un plaisir d'écoute immédiat et profond. "Take Me High" est, en effet, un album de blues-rock contemporain remarquablement réussi.

Ce plaisir d’écoute résulte de la parfaite alchimie entre les éléments clés que nous avons analysés :

▪︎ L'Authenticité et le Respect : Laurence Jones ne cherche pas à réinventer la roue, mais à la faire tourner avec une énergie revigorée, démontrant un respect sincère et viscéral pour la tradition du genre.

▪︎ L'Énergie et l'Héritage : La puissance brute et le dynamisme des morceaux inscrivent Jones dans la lignée directe des grands guitaristes et des groupes mythiques qui ont marqué l'histoire du rock-blues britannique.

▪︎ La Maturité et la Diversité : Les compositions font preuve d'une maturité indéniable et d'une diversité stylistique qui montrent un artiste qui n'hésite pas à explorer de nouvelles sonorités (soul, funk), tout en restant fermement fidèle à ses racines.

Finalement, c'est un album qui rassure le mélomane de blues en honorant les classiques, tout en séduisant un public plus large grâce à sa production soignée et son intensité rock. Nul besoin d'être un expert pour apprécier sa force, sa sincérité et sacrésonance contemporaine.

Le blues-rock européen se distingue souvent par son énergie brute et son penchant pour des compositions plus complexes, un trait qui rappelle directement l'héritage des grands groupes britanniques des années 60 et 70. Laurence Jones s'inscrit parfaitement dans cette lignée : il a su prendre les références des maîtres et y ajouter une touche de modernité, créant ainsi un son qui résonne particulièrement bien auprès du public européen.

L'Affinité avec le Public Européen

Le public européen du blues-rock est à la fois très fidèle et connaisseur. Il a une affinité particulière pour le son "à l'anglaise" qui allie la puissance du rock à l'émotion viscérale du blues. Ce n'est pas un hasard si des artistes comme Rory Gallagher, Gary Moore ou le premier Peter Green (Fleetwood Mac) sont devenus de véritables légendes sur le continent.

L'album Take Me High de Laurence Jones, avec :

- Sa production soignée par Mike Vernon.

- Ses références claires à l'héritage britannique.

- Son son énergique et élaboré.

...correspond exactement à ce que ce public attend. Il rassure les auditeurs en rendant hommage à une tradition qu'ils chérissent, tout en leur présentant une nouvelle figure de proue.

Le Potentiel d'Attraction Américain

En revanche, le public américain a traditionnellement tendance à préférer un blues plus pur et plus ancré dans ses racines texanes ou de Chicago. Cependant, l'aspect très rock et l'énergie du son de Jones peuvent tout à fait séduire ce marché. L'énergie brute de morceaux comme "The Price I Pay" ou "Live It Up" possède une résonance universelle qui transcende les frontières géographiques.

Le fait que des légendes américaines comme Johnny Winter et Kenny Wayne Shepherd aient partagé la scène avec lui est une preuve que son talent est reconnu de l'autre côté de l'Atlantique. Son style, qui n'est pas une simple copie du blues américain mais une interprétation européenne revigorée du genre, possède un côté frais et unique qui attire un public américain en quête de nouveauté.

En bref, "Take Me High" est un album qui a su trouver un juste équilibre stratégique. Il respecte une tradition et un son qui parlent profondément au public européen, tout en ayant un dynamisme rock capable de séduire les auditeurs américains. C'est ce double attrait transatlantique qui fait sa force et assure sa longévité potentielle.

L'avenir de Laurence Jones ne se résume pas à une simple conquête territoriale. S'il bénéficie déjà d'une reconnaissance solide outre-Atlantique auprès des passionnés, son défi sera de trouver cet équilibre délicat, si bien maîtrisé par un Chris Rea : cultiver sa singularité européenne tout en nourrissant son lien avec son public américain. Finalement, peu importe la pression du 'grand marché', c'est cette authenticité qui restera son meilleur passeport pour durer des deux côtés de l'océan















● Après tant d'analyses sur le blues, je ne peux que remercier Florianne et Gemini, car grâce à eux, mon article n'est plus un lamento mais une véritable success story !

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