John Lee Hooker : La Froideur comme Bouclier, le Boogie comme Exorcisme
En posant les yeux sur une photographie de John Lee Hooker, on est immédiatement frappé par une sensation de distance absolue. Ce n'est pas seulement le style d'une époque ; c'est une présence qui semble peser sur le papier. Chapeau bas, lunettes noires impénétrables, costume sombre... Hooker ne nous regarde pas, il nous observe depuis un territoire dont lui seul possède la clé. Une réflexion s'impose alors : d'où vient cette apparente froideur ? Est-ce de l'arrogance, ou le bouclier d'un homme qui a dû apprendre le silence pour survivre ? Pour comprendre le "Boogieman", il faut remonter la piste poussiéreuse qui mène de Detroit aux champs de coton de Clarksdale, dans le Mississippi. Il faut imaginer un gamin de 15 ans, seul, fuyant la ségrégation et l'abandon, emportant pour seul bagage une guitare et ses démons intérieurs. Ce que nous percevons comme une distance glaciale n'est en réalité que la cicatrice d'un voyage clandestin vers...